ufologie ce cinq pourcent d'observations qui dérange

Ufologie: ce 5% d’observations qui dérange

En 1969, le résultat du programme nommé Project Blue Book fut déposé dans un rapport final. Son but était d’analyser scientifiquement les informations liées aux OVNI, et de déterminer s’ils représentaient une menace pour la sécurité nationale. 12 618 témoignages analysés, sur plus de 20 ans de travail. Un mastodonte de l’ufologie ! (4)

Résultat? Sur tous les cas rapportés, seulement 701 sont restés sans explication, soit 5,6% d’entre eux. Il en fut déduit que le phénomène était pratiquement expliqué et ne représentait pas une menace. 

On pouvait pratiquement en conclure que le phénomène n’existait pas vraiment, n’est-ce pas? … N’est-ce pas??

(Ce n'est pas une vraie photo du Project Blue Book)

Qu'est devenu le 5% de cas inexpliqués?

Ce 5% d’anomalie n’est pas propre au Project Blue Book. Dans toutes les études sur le phénomène, il reste toujours une part des observations qui résiste à toute explication. Voici quelques exemples:

Source Année Objectif de l'étude % de cas inexpliqués
GEIPAN Chaque année Il s'agit d'un organisme officiel français, rattaché au CNES, qui collecte et analyse des témoignages d’OVNI. Varie entre 3 et 10% des cas.* (1)
Condon Report 1968 Il a été mené par l'Université du Colorado aux États-Unis et commandité par l'US Air Force. Son but était de mener une étude scientifique indépendante sur les OVNI et de déterminer s’il était pertinent de poursuivre les recherches officielles (notamment le projet Blue Book). Environ 5% des cas. (2)
Ufology Research Publie le Canadian UFO Survey depuis 1989 Compile et analyse les signalements d’OVNI au Canada afin de les classer (identifiés / non identifiés) et suivre les tendances. Environ 3% des cas. (7)
NICAP Active principalement de 1956 à 1980 L'organisation civile américaine National Investigations Committee on Aerial Phenomena collectait, analysait et documentait les observations d’OVNI, afin de promouvoir une étude sérieuse du phénomène. Entre 10 et 20% des cas.** (5)

* Selon la période, le pourcentage d’observations inexpliquées peut varier.
** À la base, cette organisation faisait le tri et éliminait d’emblée les cas faibles, et ne conservait pour son analyse que ceux qui étaient les plus solides. Par exemple, les cas avec témoins multiples, ou avec des données radar concordant avec les témoins au sol, ou encore les observations de pilotes ou de militaires. C’est probablement la raison pour laquelle le pourcentage d’anomalie chez cette organisation est significativement plus élevé, puisque leur échantilonnage de départ était filtré. 

Il est donc généralement admis, dans l’étude de l’ufologie, qu’il existe une marge de cas inexpliqués et mystérieux. Quelle que soit l’étude, cette anomalie est présente à chaque fois.

Mais… que fait-on de cette anomalie ?

Dans presque tous les cas, c’est le 95% que l’on présente. On le met de l’avant comme une doudou réconfortante pour le public. Et le 5%, lui, on s’empresse de le balayer sous le tapis, de faire semblant qu’il n’existe pas.  Comme on ferme la porte du placard en disant à l’enfant: « il n’y a pas de monstre ici, tu peux te rendormir. »

Toutefois, les témoins de phénomènes ufologiques ne sont pas des enfants, et ils n’ont pas envie de se faire endormir. Ils ont envie d’être entendus!

Cela explique à quel point les témoins sont frustrés devant les conclusions de certaines études, comme le Project Blue Book, ou le Condon Report. Ils ont l’impression d’être ignorés.

Et ils ont totalement raison. L’anomalie, qui se répète d’étude en étude, qui persiste, qui est toujours présente, et dont des centaines voire des milliers de personnes ont été témoins, reste en suspens. Personne ne la poursuit. Personne ne s’y intéresse sérieusement.

Ce que disent aujourd’hui les autorités sur les UAP

En 2024, l’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office), le bureau du Pentagone chargé d’enquêter sur les UAP, a déclaré:

« Bien que de nombreux rapports d’UAP demeurent non résolus ou non identifiés, l’AARO estime que si des données plus nombreuses et de meilleure qualité étaient disponibles, la plupart de ces cas pourraient également être identifiés et expliqués comme des objets ou des phénomènes ordinaires. »

Autrement dit, si la technologie était plus avancée, ou si nous avions de meilleures informations, nous pourrions probablement expliquer ce fameux 5% d’anomalie…

Mais quoi que l’AARO en pense, les phénomènes mystérieux ne disparaîtront pas parce qu’on attend que la technologie évolue. On sait qu’année après année, on l’a vu dans les rapports, cette anomalie persiste. 

Les officiels chargés de ces rapports ne semblent pas comprendre: ce ne sont pas le 95% de cas expliqués qui nous intéressent. Ce sont les 5% de non élucidés!

Peut-on les étudier réellement, plutôt que de faire semblant qu’ils n’existent pas?

Comment la science traite une anomalie

Car ailleurs, en science, ignorer une anomalie ne fait pas partie de la méthode.

En archéologie, par exemple, une anomalie majeure a été découverte : Göbekli Tepe.

Un site vieux de plus de 11 000 ans, comprenant des structures monumentales en pierre, le tout construit par de petits groupes de chasseurs-cueilleurs.

Une anomalie. Une vraie.
Et pourtant, personne n’a suggéré de l’ignorer en attendant que la technologie progresse.

Au contraire, les recherches ont continué, menant à une découverte majeure : on pensait que c’était l’arrivée de l’agriculture qui créait les sociétés complexes, mais on sait maintenant que les chasseurs-cueilleurs étaient bien plus organisés et avancés qu’on ne le pensait. (8)

L’anomalie, ici, au lieu d’être ignorée, est devenue le point focal de la recherche.

Photo : Göbekli Tepe, auteur inconnu / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA
Image : Rawpixel

En médecine, c’est la même chose.

Au début des années 1980, une anomalie apparaît : de jeunes patients, en apparence en bonne santé, développent des infections rares et graves, normalement observées chez des personnes immunodéprimées.

Que fait-on lorsqu’on est face à une telle anomalie, dans le domaine de la médecine ? Personne n’a suggéré de l’ignorer en attendant de meilleures connaissances.

Au contraire, elle est devenue le point de départ d’une vaste investigation, menant à l’identification d’un nouveau virus : le VIH, responsable du SIDA. (9)

 

Dans la science en général, une anomalie n’est pas censée être ignorée : elle devient le point de départ de la recherche, là où l’on concentre notre attention.

Alors, pourquoi pas en ufologie ?

Une autre façon d’aborder les études sur les OVNI

On a souvent reproché à l’ufologie d’être une « pseudo-science ». On lui reproche un manque de rigueur, ou encore d’étudier un phénomène difficilement reproductible en laboratoire…

Mais sérieusement : si l’on appliquait à l’étude sur les OVNI les principes mêmes de la science ?

Alors cette anomalie, ce 5% qui dérange, cesserait d’être ignoré pour devenir le point focal d’une véritable enquête.

Car cette part inexpliquée, celle que l’on a reléguée sous le tapis…

c’est précisément là qu’il faudrait regarder.

Références

  1. CNES. – Les OVNI / PAN – dossier explicatif.
  2. Condon, E. U. (dir.). – Scientific Study of Unidentified Flying Objects. . – University of Colorado / U.S. Air Force, 1968.
  3. COMETA. – Les OVNI et la défense : à quoi doit-on se préparer ? .- 1999.
  4. U.S. Air Force. – Project Blue Book – Special Report No. 14. – 1955.
  5. NICAP. – The UFO Evidence. 1964.
  6. Reuters. – Pentagon UFO report says most sightings are ordinary objects, phenomena. 8 mars 2024.
  7. Rutkowski, Chris, et collaborateurs. – Canadian UFO Survey (rapport annuel). – Ufology Research, Canada, depuis 1989.
  8. Schmidt, Klaus. – Göbekli Tepe: A Stone Age Sanctuary in South-Eastern Anatolia. – Berlin: ex oriente, 2012.
  9. Barré-Sinoussi, Françoise; Montagnier, Luc; et al. – Isolation of a T-lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS).
    Science, 1983.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *