Zana

Zana, la femme sauvage

Zana, la femme sauvage

Il y a bien des décennies, des hommes ont raconté l’histoire d’une femme sauvage qu’ils ont nommée Zana. Elle vivait seule dans une forêt de Géorgie, ce pays assis entre l’Europe et l’Asie. Elle vivait loin de la civilisation, et de toute évidence, elle se débrouillait pour subvenir à ses besoins. On était en 1850.

La vie de Zana a basculé le jour où des chasseurs ont décidé de la capturer. Forte, solide, elle ne s’est pas laissée faire. Le combat a été rude, mais les chasseurs ont eu raison de leur proie. Zana s’est ainsi retrouvée captive.

Il semblerait que la motivation des chasseurs était l’argent. En effet, l’histoire raconte qu’ils avaient été engagés par un noble de la famille Achba, afin de capturer Zana. 

Au pied des monts du Caucase - Photo: Ines

Physionomie de Zana

Zana était indiscutablement une curiosité pour ces hommes. Gigantesque, elle faisait 2 mètres de haut, était trapue et musclée, et avait une force exceptionnelle. 

Sa peau était sombre et elle était entièrement recouverte de poils roux. Toutefois, son visage et ses mains étaient nus. Elle avait une chevelure faite de poils plus longs que ceux couvrant le reste de son corps. 

Ses bras et ses jambes étaient particulièrement musclés. Son postérieur et sa poitrine étaient proéminents. Ses doigts étaient larges et longs, et ses orteils pouvaient s’étendre amplement, particulièrement le pouce qui pouvait se séparer des autres.

Son visage, à l’expression sauvage, était large avec un front fuyant. Elle avait une grande bouche, de larges dents blanches, et un nez plat aux narines exhorbitées. Elle avait aussi de larges sourcils, les os de ses joues étaient proéminents, et ses yeux légèrement rougeâtres.

zana
Reconstitution du visage de Zana selon le crâne femelle trouvé à T'khina
Illustration par ©Anton Wroblewski, publié avec autorisation

La vie de Zana au village de T'khina

Captive, elle n’avait pas une belle vie. Elle était gardée dans une fosse entourés de piques. Puis, elle changea de propriétaires plusieurs fois, jusqu’à ce qu’elle se retrouve dans les mains d’un autre noble nommé Edgi Genaba. Celui-ci l’emmena à T’khina, un village de l’Abkhazie, en Géorgie, où elle n’était pas mieux traitée. Elle était gardée dans une cage.

En colère, Zana protestait violemment. Certains villageois tentaient toutefois d’établir un contact avec elle. Ils lui apportaient de la nourriture et lui parlaient. Bien qu’elle émettait des sons, ils furent incapables d’établir un quelconque langage avec elle. Zana semblait incapable de parler.

Elle passa trois ans en cage. Trois ans! Éventuellement, elle délaissa son comportement agressif et ses geôliers la laissèrent sortir. Elle déménagea dans une maison où elle habitait avec des villageois qui lui confiaient des tâches simples à effectuer, comme broyer du grain, rentrer du bois ou de l’eau, ou porter des sacs provenant du moulin. Elle réagissait à son nom, obéissait aux ordres, et semblait effrayée lorsque son propriétaire la réprimandait en criant.

Sa force et sa puissance étaient plutôt spectaculaires: on raconte qu’elle pouvait faire craquer de ses mains nues les coquilles des noix les plus solides, soulever d’une main un sac de farine de quatre-vingt kilos, nager sans difficulté à travers des courants forts, et même courir plus vite qu’un cheval. Elle avait une tolérance exceptionnelle au froid, mais en revanche, elle supportait mal un environnement chauffé.

Bien qu’elle ne s’éloignât pas trop du lieu où on lui donnait sa nourriture, elle aimait se promener sur les collines voisines la nuit, prendre un bain d’eau froide avec des buffles, et jouer avec des pierres qu’elle frappait ensemble pour les casser. Elle n’aimait pas porter de vêtements et préférait rester nue, même en hiver, déchirant les robes qu’on lui mettait sur le dos. Elle aimait aller cueillir des fruits dans les arbres, et elle mangeait tout ce qui lui était offert, incluant la viande et le vin, qu’elle appréciait particulièrement. Avec le temps, elle n’a pas montré de signe de vieillissement: ses poils et cheveux ne sont pas devenus gris, elle n’a pas perdu ses dents. 

Zana est morte aux environs de 1890.

Progéniture de Zana

Zana n’a pas eu une vie facile: emprisonnement, esclavage, et ensuite, l’horreur du viol. Elle a donné naissance à plusieurs enfants. Certaines sources citent plusieurs pères (des villageois malfaisants), alors que d’autres sources en citent un seul, Edgi Genaba, le propriétaire de Zana. La paternité de ses enfants n’est donc pas claire, mais on parle toujours de pères humains.

Lorsque Zana accoucha seule de son premier enfant, elle prit le nouveau-né et alla le baigner dans l’eau glacée. Elle semblait croire que l’enfant aurait la même résistance qu’elle au froid, mais ce ne fut pas le cas, et le nouveau-né en mourut. Des villageois entreprirent alors de sauver ses  enfants subséquents, et ils lui retirèrent ses nouveaux-nés dès la naissance. 

Quatre enfants de Zana ont ainsi été élevés par des familles du village et ont survécu jusqu’à l’âge adulte, soit deux garçons (Dzhanda et Khwit Sabekia, nés en 1878 et 1884), et deux filles (Kodzhanar et Gamasa Sabekia, nées en 1880 et 1882). Bien qu’ils portaient le nom de Sabekia, les villageois s’entendent pour dire que leur père biologique était sans doute Edgi Genaba. À part une peau sombre, un tempérament impulsif et une grande force physique, ils montraient peu de ressemblance avec leur mère, s’apparentant beaucoup plus avec la famille Genaba.

Les enfants de Zana n’était pas très différents des autres villageois. Ils étaient tous d’une intelligence normale, et aucun d’eux n’était recouvert de poils. Ils n’ont pas eu de problème pour apprendre à parler ou à s’intégrer à la société, et ils ont eu à leur tour une descendance. On dit que l’un des fils de Zana est devenu un pianiste accompli.

Khwit Sabieka

Quelles étaient les origines de Zana?

Vu sa physionomie et son comportement, on est en droit de se poser bien des questions sur l’identité et l’origine de Zana. Plusieurs prétendent qu’ elle était simplement une femme humaine, avec un handicap mental.

Par contre, quelques chercheurs ont étudié la description physique de Zana et en on conclut qu’elle était probablement une almasty. 

Qui sont les almastys?

Les almastys sont des humanoïdes velus qui vivraient dans la nature, en Russie, au Caucase et en Asie centrale. Leurs caractéristiques rappellent le sasquatch d’Amérique du Nord et le yéti de l’Himalaya.

La majorité des témoignages décrivent l’almasty comme une sorte d’humain, trapu et musclé, recouvert de pelage brun-roux. Bipède, il mesurerait environ 6 pieds (1,90 mètre), et son visage, qui rappellerait celui des humains, se distinguerait par une arcade sourcilière prononcée, un front fuyant, un nez plat et une forte mâchoire.

Les plus anciens rapports écrits faisant mention des almastys, remontent au 15ème siècle. Les chasseurs autochtones vivant dans ces régions, racontent, quant à eux, qu’ils côtoient des almastys depuis 10,000 ans.

Parmi les témoins les plus sérieux, notons le naturaliste soviétique Prjewalski (celui-là même qui a amené à la connaissance des Occidentaux l’existence du « cheval de Prjewalski »), qui mentionne les almastys dans sa recherche sur les animaux de l’Orient, et qui affirme en avoir personnellement observé en 1871.

Cryptozoologie

Malgré tout, l’existence des almastys n’est pas encore prouvée ni reconnue scientifiquement, faute de preuves. Il n’est pas possible non plus d’être certain de son classement parmi les espèces vivantes. L’almasty est donc un cryptide.

Certains cryptozoologues émettent l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’hommes de Néanderthal qui auraient survécus jusqu’à nos jours, tandisque d’autres experts parlent d’Homo Erectus, ou d’une branche inconnue de la famille Homo. Une autre théorie classerait les almastys parmi les singes. Finalement, certains prétendent que les humanoïdes sauvages ne sont que des humains modernes qui ont été rejetés par la société à cause de leur retard mental, et qui se seraient reproduits entre eux, transmettant leurs caractéristiques à leurs descendants.

D’un autre côté, si on envisage l’hypothèse que Zana était une almasty, son hybridation avec des humains nous démontrerait alors que les almastys ne seraient pas des singes, et seraient proches de l’Homo Sapiens.

Exhumations

En 1964, le chercheur russe Boris Porshnev de l’Académie Scientifique de Moscou, a étudié l’histoire de Zana en se rendant sur place, dans le village de T’khina. Il a parlé à plusieurs personnes âgées qui affirmaient avoir connu Zana de son vivant, et avoir assisté à ses funérailles. Il a aussi rencontré certains de ses petits-enfants, et il a écrit cette anecdote:
« À l’instant où j’ai aperçus les petits-enfants de Zana, j’ai été frappé par leur peau sombre et leurs traits négroïdes. Shalikula, son petit-fils, avait des muscles de la mâchoire si puissant qu’il pouvait soulever, avec ses dents, une chaise sur laquelle un homme était assis. »

Restes de Khwit

Il a tenté, sans succès de retrouver la tombe et les restes de Zana. Ses collègues Dimitri Bayanov et Igor Bourtsev ont continué les recherches après lui, et ils ont déterré les reste du plus jeune fils de Zana, appelé Khwit Sabekia, qui a vécu de 1884 à 1954.

Restes d'une femme inconnue

Dans une tombe proche de celle de Khwit, les restes très vieux d’une femme non identifiée furent aussi exhumés. Son corps était étrangement placé, étendu sur le côté avec les genoux pliés, ce qui contrastait avec la façon dont les autres corps étaient enterrés dans ce cimetière local.

Se pourrait-il que ce soit les restes de Zana?

Femme exhumée en 1975, s'agit-il de Zana la femme sauvage?
Femme exhumée en 1975, s'agit-il de Zana la femme sauvage?

Études de l'ADN des deux crânes

Le crâne de Khwit Sabekia et celui de la femme inconnue furent examinés par plusieurs chercheurs au fil des ans. L’étude de l’ADN des deux crânes peut nous donner deux réponses importantes:

  1. Les deux crânes sont-ils apparentés? Si oui, le crâne de la femme inconnue pourrait être celui de Zana.
  2. Les crânes appartiennent-ils à des individus Homo Sapiens, ou à des individus d’une autre espèce? 

Étude du Dr. Disotell et du Dr. Bailey

À l’Université de New York, le généticien Dr. Todd Disotell a collaboré en 2006 avec l’anthropologue Dr. Shara Bailey, pour étudier les deux crânes. Ils en ont conclu qu’ils sont apparentés, et qu’ils sont tous les deux Homo Sapiens. Toutefois, ils n’ont étudié que les données mitochondriales.

Étude du Dr. Yamshchikov

En 2011 et 2012, le généticien Vladimir Yamshchikov du Southern Research Institute, à Birmingham en Alabama, a conclu lui aussi que les deux crânes sont apparentés.

Étude du Dr. Sykes

En 2012, le Dr. Brian Sykes, Professeur de génétique humaine, a mené une étude sur les crânes et a conclu, quant à lui, que les deux crânes n’appartiennent pas à des individus de la même famille. Il a aussi annoncé que le crâne de la femme inconnue appartient à une sous-espèce humaine, une ancienne lignée d’origine Africaine Sub-saharienne.

L’étude du Dr. Sykes, et le livre qu’il a écrit, n’ont pas reçu un bon accueil de la part de la communauté scientifique, et ses conclusions demeurent controversées.

Conclusions du Dr. Vilar

Dr. Miguel Vilar, un anthropologue moléculaire de l’Université du Maryland, a étudié les données mitochondriales des descendantes de Zana, afin de percer certains de ses mystères. Il en a conclu que Zana était génétiquement liée aux Dinkas, un peuple du Soudan du Sud. Elle serait donc entièrement Homo sapiens, et d’origine africaine.

Étude du Professeur Margaryan

Le Professeur Ashot Margaryan, de l’Université de Copenhague, a publié en 2021 les résultats d’une étude d’ADN sur les deux crânes. Il a affirmé que les données sont consistantes avec l’hypothèse qu’il s’agit de la mère et de son fils. Il a lui aussi conclu que le crâne de la femme est d’origine Africaine. Il rejette l’idée du Dr. Sykes qu’elle provient d’une ancienne lignée. Il rejette aussi toutes hypothèses affirmant que Zana n’était pas Homo Sapiens, ou qu’elle était une almasty.

Conclusion

Zana était donc humaine. Ses ancêtres pourraient être des Africains capturés et emmenés dans le Caucase en tant qu’esclaves par l’Empire Ottoman au 17ème siècle.

Pourquoi alors son histoire la présente-t-elle comme un animal, un être sauvage mi-singe mi-humain? Avait-elle réellement cette apparence étrange, une force surhumaine, un corps velu et une incapacité à parler? Ou est-ce que les caractéristiques de Zana ont été exagérées au fil du temps?

Selon le Pr. Margaryan, il est possible que Zana ait été atteinte d’un trouble génétique appelé hypertrichose congénitale généralisée. Selon lui, cela pourrait expliquer partiellement son comportement étrange, son mutisme et les poils recouvrant son corps.

Famille Abkhazienne d'origine Africaine
Auteur inconnu - livejournal.com, Domaine public

Questions éthiques

Savoir que Zana était humaine nous ramène automatiquement aux questions éthiques concernant le traitement inhumain de la part de certains hommes envers elle.

Raconter que Zana était un monstre ou un animal, servait-il à cacher que des actes horribles avaient été commis envers une femme?

L’histoire de Zana n’est pas terminée. Sa vie continue de susciter des questions, et des études supplémentaires sur les ossements trouvés viendront sûrement compléter le portrait que nous avons de cette femme et de la vie qu’elle a eue.

Références

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