Des poulets égorgés en plein jour…
un animal sans poil, bleu-gris, qui rôde aux alentours…
Serait-ce le chupacabra, cet animal de légende?
Voici comment s’est déroulé la traque d’un animal étrange dans le Sud des États-Unis. Tout commence en 2004…

Mai 2004, Elmendorf, Texas.
Devin McAnnaly, propriétaire d'un ranch, abat une étrange bête après qu'une trentaine de ses poulets soient dévorés en plein jour. Ressemblant à un chien, l'animal n'a pas de poils, sa peau est bleu-grise et il est très maigre.
On la surnomme "la bête d"Elmendorf".

Mars 2005, Harrison County, Texas.
Un homme photographie un animal similaire et, diffusée sur le site internet de KLTV, la photo fait parler. Les habitants redoutent qu'il s'agisse du Chupacabra.
James Wright, un vétérinaire travaillant au Texas Department of State Health, affirme quant à lui que la bête est soit un chien, soit un coyote, sévèrement atteint d'un problème de gale.
Des bêtes semblables sont aperçues à différents coins du Texas, ainsi que dans les états voisins. Certains se plaignent de la perte de leurs poules, qui sont retrouvés mortes, une blessure au cou. Toutefois, il arrive que l’animal non identifié soit amical, se laisse approcher, et mange la nourriture que les témoins lui laissent près de leurs résidences.
Juin 2007, Sud du Texas: un "Chupacabra" empaillé.
Phylis Canion, une naturopathe fervente de chasse, aperçoit un animal correspondant à cette description sur sa propriété. Dans les jours suivants, elle retrouve plusieurs de ses poulets morts, attaqués à la gorge. Elle installe des caméras pour prendre la bête sur le fait, mais n’y parvient pas. C’est alors qu’un voisin la contacte au téléphone: il a trouvé une carcasse étrange, maigre et sans poil, et qui semble être la bête qu’elle recherche. Elle se rend sur les lieux et emporte la carcasse, qu’elle fera empailler par un taxidermiste.
Tests d'ADN sur le Chupacabra du Texas
De nombreux tests d’ADN, performés sur la bête de Phylis Canion, mais aussi sur d’autres carcasses trouvées au Texas, en arrivent tous à la même conclusion: ce sont des chiens ou des coyotes atteint de la gale sarcoptique.
Canion n’est pas satisfaite de ce résultat. Elle déclare que cinq universités différentes lui ont fait un test d’ADN, et que leurs résultats sont identiques: cet ADN ne correspond à aucun animal connu, et elle est convaincue qu’elle possède la carcasse d’un Chupacabra.
Pourtant, les chercheurs de l’Université du Texas nient cette affirmation: leur test démontre que l’animal empaillé, exposé chez Phylis Canion, est un coyote.
« Vu que ces animaux sont malades de la gale et grandement affaiblis, ils ont de la difficulté à chasser, explique Barry OConnor, biologiste de l’Université du Michigan. Ils se tournent donc vers des proies plus petites et plus faciles ». Ce qui expliquerait les attaques dans les poulaillers.

Qu'est-ce que la gale sarcoptique?
La gale sarcoptique est une maladie causée par un parasite, le Sarcoptes Scabiei, un acarien ou mite de très petite taille. Il n'est pas rare de rencontrer des animaux sauvages atteints de cette gale. Parmi les différents symptômes attribués à la gale sarcoptique, le canin peut perdre ses poils, développer des lésions sur l'épiderme, avoir une peau plus épaisse, bleutée ou grise, et couverte de croutes.
Le site de la Fédération des Gestionnaires Trappeurs du Québec mentionne à propos de cette maladie:
"C'est un parasite qui souvent amène une dermatite très étendue, très grave et qui peut faire mourir un très grand nombre d'animaux. Nous avons eu l'occasion de voir des renards et des coyotes qui en décembre ou janvier avaient perdu une grande quantité de poils et duvet et qui étaient littéralement morts de froid."
2008, Dewitt County, Texas: un policier filme un Chupacabra en train de s'éloigner.
Depuis la caméra de sa voiture de fonction, un policier du Texas filme cet animal. Il affirme ne pas savoir de quel type d’animal il s’agit. La bête est de la grandeur d’un coyote, mais le policier est certain que ce n’en est pas un. Certains croient qu’il s’agit du Chupacabra. La vidéo devient virale.

Avril 2014, Ratcliffe, Texas: est-ce un bébé Chupacabra ?
Un couple affirme avoir capturé un chupacabra vivant, ou du moins un bébé chupacabra, vu sa petite taille. L'animal a d'abord été aperçu dans un arbre avant d'être capturé, et lorsqu'il veut manger, il prend la nourriture avec ses pattes avant. Ses nouveaux propriétaires lui donnent du maïs et de la nourriture pour chat.
Bien que plusieurs sont convaincus de voir là un chupacabra vivant, d'autres personnes voient là un raton laveur atteint de gale sarcoptique.
Les analyses ont-elles résolu le mystère du Chupacabra du Texas?
Au fil des années, plusieurs carcasses attribuées au Chupacabra furent récupérées au Texas et soumises à des analyses scientifiques. Les résultats ont été remarquablement constants : les animaux examinés se révélèrent être des coyotes, des chiens, ou une autre espèce de canidé.
Ils présentaient tous le même problème de santé bien connu : la gale sarcoptique.
Un coyote atteint de gale avancée peut ainsi avoir une apparence particulièrement étrange, au point de devenir difficile à identifier au premier coup d’œil. De plus, ces animaux affaiblis modifient leur comportement et se tournent vers des proies plus faciles pour s’alimenter, ce qui expliqueraient les attaques répétées dans les poulaillers.
Pour de nombreux biologistes, les mystérieux Chupacabras du Texas n’étaient pas des créatures inconnues, mais des canidés malades dont l’apparence inhabituelle alimentait les rumeurs.
Pourtant, tout le monde n’a pas accepté cette conclusion.
C’est le cas de Phylis Canion, une texane qui possède un spécimen empaillé sous son toit. Et elle est convaincue d’avoir là un véritable Chupacabra.
Elle a collecté des tissus sur l’animal avant de l’envoyer chez le taxidermiste. Puis, elle a fait analyser ces tissus pour leur ADN. L’animal posséderait des marqueurs génétiques associés au coyote et au loup mexicain.
Phylis Canion ne conteste pas ces résultats. Au contraire, elle les cite souvent. Mais pour elle, ces conclusions ne règlent pas la question. Elle souligne que l’animal ne ressemble ni à un coyote, ni à un loup ordinaire, et elle continue de s’interroger :
« Pourquoi cet animal présente-t-il une apparence aussi inhabituelle ? S’agit-il d’un nouveau type de canidé ? Et si c’est le cas, pourquoi ne pourrait-il pas s’agir du Chupacabra ? »
Les biologistes répondraient probablement que la gale sarcoptique suffit à expliquer une grande partie de cette apparence. Pour Canion, cependant, cette explication est insatisfaisante.
Cette situation soulève une question fascinante: lorsqu’une personne est persuadée d’avoir découvert quelque chose d’extraordinaire, jusqu’à quel point cette conviction influence-t-elle son interprétation des faits ?

Mais qu'est-ce que le Chupacabra?
En 1995, une vague d'attaques étranges sur le bétail de l'île secoue Puerto Rico. Des moutons et des chèvres sont retrouvés morts, portant des blessures au cou et à la poitrine. Rapidement, la rumeur se répand qu'ils auraient été vidés de leur sang. Les agressions se multiplient. D'autres animaux d'élevage, et même des animaux domestiques, sont à leur tour retrouvés morts, sans qu'aucun coupable ne puisse être identifié. On finit par donner un nom à ce prédateur inconnu: el Chupacabra, qui veut dire le suceur de chèvres.
En août de cette année-là, une femme nommée Madelyne Tolentino rapporte qu'elle a vu une créature étrange près de la maison de sa mère, à Canovanas. Elle a décrit un animal ressemblant à un lézard de 4 pieds de haut, se déplaçant sur deux pattes et qui la regardait de ses grands yeux inclinés. Ses membres étaient longs, il n'avait pas d'oreilles externes, et une bouche sans lèvres. Son corps était couvert d'un fin pelage gris tacheté, et une série de pics courait le long de son dos. Tolentino a approuvé un croquis de la bête.
Les témoignages de rencontre avec une créature semblable se sont multipliés sur l'île de Puerto Rico, et les gens étaient convaincus qu'il s'agissait là de leur coupable, el Chupacabra. Dans les années qui ont suivi, les témoignages se sont étendus à d'autres régions du monde : Mexique, Brésil, Chili, Espagne, Portugal, et Sud des États-Unis.
Certains chercheurs en cryptozoologie ont noté que les régions hispanophones semblent plus touchées que les autres. La légende du Chupacabra influence-t-elle ce que les gens croient percevoir?
Le Chupacabra du Texas ressemble-t-il au Chupacabra de Puerto Rico ?
À première vue, non.
Alors pourquoi les gens ont-ils fait un lien?
Probablement à cause des attaques dans les poulaillers. Des animaux étaient retrouvés morts alors qu’un étrange animal sans poil rôdait autour de la ferme. Ce scénario rappelait le fameux prédateur de Puerto Rico.
Et comme au Texas il est fréquent que les fermiers possèdent des armes à feu, les premières carcasses de « Chupacabras du Texas » furent rapidement récupérées et examinées. On a pu prendre des photos. Faire des tests d’ADN. Des experts se sont penchés sur l’identification de l’animal. Toutes des étapes qui n’avaient pas été possibles lors de la vague de Puerto Rico.
Les scientifiques confirment que dans tous les cas ayant fait l’objet d’analyses ADN, il s’agit d’un canidé atteint sévèrement de gale sarcoptique.
Alors doit-on conclure que le Chupacabra du Texas et le Chupacabra de Puerto Rico sont deux bêtes bien disctinctes?
Pas nécessairement…
Ça pourrait paraître clair et simple de tirer cette conclusion, mais lorsque l’on relit la description originale de Madelyne Tolentino à la lumière des découvertes réalisées au Texas, certains détails prennent une tout autre couleur.
Le témoignage de Madelyne Tolentino vu à la loupe
Madelyne Tolentino a donné beaucoup de précisions dans son témoignage. Regardons de plus près chacun des détails de sa déclaration:
- Animal de 3 à 4 pieds de haut
- Bipède, se déplace comme un humain
- Déplacement par bonds
- Semble flotter sans toucher le sol
- Grands yeux inclinés
- Yeux gris ou noirs
- Membres longs
- Trous à la place des oreilles, aucune oreille externe
- Petits trous à la place des narines
- Une bouche sans lèvre
- Pics courant le long du dos, faisant l’effet de plumeaux qui retombent sur le dos
- Absence apparente de queue
Le témoignage de Talentino se contredit toutefois sur les points suivants:
- Elle déclare en 1996 que l’animal a 3 doigts aux membres qui se terminent par des griffes, mais dans une autre entrevue en 2010, elle dit que l’animal n’a pas de griffes, mais plutôt 5 doigts aux membres qui rappellent des mains humaines
- Elle déclare en 1996 que l’animal a le corps couvert d’un fin pelage gris avec des taches plus sombres, mais en 2010, elle explique que l’animal a la peau grisâtre, humide, ridée, semblable à du cuir
Quelles premières déductions tirer du témoignage de Madelyne Talentino ?
Que c’est rempli de contradictions.
La première chose qui me frappe en lisant cette liste, c’est qu’elle décrit d’abord un animal ressemblant à un lézard, mais qu’ensuite, elle parle de pelage. Or, un reptile n’a pas de fourrure. C’est plutôt difficile à concilier.
De plus, en 2010, elle revient sur sa déclaration et ne parle plus de pelage mais d’un animal qui semble nu, dont la peau rappelle le cuir.
Le deuxième élément qui retient mon attention, ce sont les pics sur le dos de l’animal que Talentino décrit plus tard comme des sortes de plumeaux couchés sur le dos de la bête, et non dressés. Il devient difficile de visualiser cette caractéristique de la créature.
Finalement, la contradiction la plus flagrante, c’est que la bête se déplace à la fois en marchant comme un humain, en sautant comme un kangourou, et en flottant sans toucher le sol… Ces différentes images sont difficiles à réconcilier en un seul mode de locomotion cohérent.
Une autre lecture est-elle possible ?
Une fois ces contradictions mises de côté, certaines caractéristiques de la créature paraissent soudainement moins exotiques qu’au premier abord. La peau grise
Conclusion
Les bêtes maigres et sans poil aperçues au Texas et dans les états voisins ne ressemblent pas au Chupacabra de Puerto Rico.
Non seulement elles ont les caractéristiques d’un canin atteint de gale sarcoptique, mais les scientifiques confirment que les tests d’ADN effectués sur les carcasses de ces bêtes identifient positivement un coyote ou un chien, selon le cas.
Toutefois, bien des habitants du Texas disent qu’ils savent reconnaître un coyote, et ils sont convaincus que ces bêtes n’en sont pas. Ils disent aussi que des animaux sauvages atteints de la gale, ils en voient souvent, et qu’ils ont un comportement bien plus « maladif » que ces étranges bêtes sans poils.
Alors, le Texas a-t-il son propre Chupacabra?
N’hésitez pas à laisser votre avis dans les commentaires au bas de la page!
Références:
- Chasing the Chupacabra, Texas Observer
- Chupacabra found: Is it the real deal… or a racoon?, The Horror Zine
- Texas Couple Claim They Have Caught a Chupacabra, Liberty Voice
- Chupacabra, Encyclopédie du Paranormal
- WOAI
- Unknown Country
- NBC 13
- Elmendorf Beast, Wikipedia
- KLTV
- La gale sarcoptique, Fédération des Gestionnaires Trappeurs du Québec
- Cybertoutou
- Wolfbehavior
- Are the strange creatures found around Cuero the legendary Chupacabra?, Texas Standard
- Chupacabra Revisited: Dueling Origin Stories of the Hispanic Vampire, Skeptical Inquirer

